Posted on / by Capucine Coquand

Serge Metz : « La concurrence déloyale de Uber s’est très vite révélée »

Serge Metz, le fondateur de fleetizen — une société proposant des solutions digitales aux flottes de taxis — est un acteur bien connu du secteur.  Et pour cause : il était à la tête de G7 entre 1988 et 2017 et donc aux premières loges lors de l’arrivée de Uber en France. Il est favorable à l’action collective et témoigne pour actiontaxi.fr. 

 

Les taxis ont-ils su, selon vous, réagir au moment de l’arrivée de Uber en France ? 

Il y a eu des réactions dès le départ, même si celles-ci ont sans doute été désordonnées et mal coordonnées. Il faut bien comprendre que l’arrivée de Uber a aussi eu un effet attractif pour les clients puisqu’elle a fait émerger un nouveau standard de service, notamment avec l’application. Tout cela était nouveau pour les taxis. Devaient-ils en vouloir à L’Etat qui, avec la loi de 2009 autorisant les VTC a mis fin au monopole des taxis, ou à la société Uber elle-même ? 

Depuis le début, le nerf de la guerre c’est le tarif des courses.

Vous avez très vite pris conscience du caractère déloyal de cette nouvelle concurrence… 

Depuis le début, le nerf de la guerre c’est le tarif des courses. Ce qui différencie principalement les taxis des VTC, c’est la fixation des tarifs. Le prix des premiers est fixé par l’Etat, celui des seconds, par la société Uber elle-même. Le bouleversement est là : Uber a fixé la rémunération des chauffeurs à un prix très bas. Cela n’a été possible qu’en siphonnant les aides de l’Etat. 

C’est à dire ? 

La majorité des chauffeurs recrutés par Uber, au départ, étaient des chômeurs. En devenant auto-entrepreneurs, ces derniers ont pu bénéficier des différentes aides d’Etat comme l’ARE ou l’ACRE. Ce n’est que grâce à ces aides que les chauffeurs Uber ont pu se dégager une certaine marge et ainsi vivre de leur activité.

Uber a fixé la rémunération des chauffeurs à un prix très bas. Cela n’a été possible qu’en siphonnant les aides de l’Etat.

Avez-vous immédiatement pris conscience de cela ? 

Oui. Il y avait selon moi 2 priorités. D’abord profiter de cette arrivée pour transformer notre activité avec davantage de digital et un standard de qualité revu à la hausse. Nous voulions ensuite pointer du doigt cette concurrence déloyale auprès du gouvernement. Nous n’avons pas toujours été entendus car le chômage était une priorité absolue pour l’exécutif. Or, on disait un peu partout que Uber avait permis de créer des emplois. Sauf que ces emplois ne sont pas pérennes. Il y a un important turn over chez les chauffeurs Uber. Beaucoup veulent d’ailleurs passer l’examen pour devenir taxis. 

Quel regard portez-vous sur les lois Thévenoud ou Grandguillaume qui visent à encadrer l’activité des VTC ? 

Ces lois vont dans le bon sens mais de façon sans doute trop timide. Elles n’embrassent pas l’ensemble du problème, à savoir le système des plateformes. L’uberisation, et avec elle la question du statut des travailleurs indépendants, ne touche pas que le secteur du transport de personnes. Il impacte aussi celui de l’alimentation par exemple. Le problème est toujours lié au prix. Les indépendants dont le montant des prestations est imposé par une plateforme ne sont, par définition, pas indépendants. Le sujet est économique. Uber n’est pas une société rentable. Elle perd de l’argent et en fait perdre à ses actionnaires, mais aussi à l’Etat. Le jeu de la concurrence est totalement faussé. 

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