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Pierre Peyrard : « La présence de Uber remet en cause la souveraineté de l’Etat »

Fondateur de Spotloc, une société de mise en relation entre taxis et clients, Pierre PEYRARD était aux premières loges lors de l’arrivée de Uber en France. Un hold-up intolérable qui remet, selon lui, en cause l’autorité de l’Etat. Favorable à l’Action collective, cet influenceur du monde des taxis témoigne. 

Vous aussi vous avez subi, avec Spotloc, une perte de chiffre d’affaires important depuis l’arrivée de Uber en France… 

Pierre PEYRARD. Depuis 2011, la société a perdu 3 millions d’euros. Spotloc est une plateforme qui met en relation exclusivement des chauffeurs de taxi et des clients. Ces derniers ont, du jour au lendemain, préféré faire appel à des chauffeurs Uber. La société a donc indirectement subi cette concurrence déloyale. Nous avons dû nous réinventer plusieurs fois. Nous avons été contraints de réduire la voilure pour continuer d’exister. Ca n’a pas été facile mais l’entreprise est toujours là, grâce au soutien sans faille de notre actionnaire Deveryware depuis dix ans. 

Quel regard portez-vous sur la place de Uber en France ? 

J’ai suivi de près l’arrivée de Uber en décembre 2011. J’ai vu comment la société a bousculé le secteur. Comment elle a travaillé son image et son marketing sur Facebook et Twitter. Les syndicats de taxis de l’époque étaient persuadés que le business des VTC ne fonctionnerait pas.  « Les Voitures Jaunes » qui étaient la seule société qui salariait ses chauffeurs à l’époque, a déposé le bilan en dix-huit mois. Les syndicats n’ont pas compris le succès d’Uber dont la réussite reposait, au départ, non seulement sur l’utilisation des nouvelles technologies mais aussi sur l’évasion fiscale et le contournement systématique des lois et règlementations. Un choc pour les syndicats comme pour tous les chauffeurs de taxi. 

 

Uber a déjà perdu, puisque la Justice a admis que le lien qui l’unit à ses chauffeurs est un lien de salariat. Mais ça ne l’empêche pas de continuer à exister

 

En quoi le sujet Uber révèle-t-il, selon vous, un problème global de société  ? 

Uber pose la question de la mobilité urbaine. On se rend compte que les Etats ne sont plus en capacité de faire appliquer les lois. Internet permet aux acteurs comme Uber de contourner les frontières et les règlementations. La souveraineté des Etats est donc totalement bafouée. Uber envoie des signaux antidémocratiques : pourquoi devrions-nous encore payer des impôts ou voter, lorsque des champions de l’évasion fiscale financés à coups de levées de fonds successives peuvent s’imposer sur notre sol et violer notre droit, dans la quasi indifférence de nos dirigeants ? Le vrai problème est là. L’uberisation, c’est l’histoire d’une attaque planifiée par des fonds d’investissement de la souveraineté des Etats via la technologie.

Que pourrait faire l’Etat, selon vous ? 

Faire que les lois soient appliquées. Je reprends à mon compte les propos de Laurent Grandguillaume : « UBER, c’est L’Etat de fait contre l’Etat de Droit ». Je milite pour que le Ministère des Transports dispose d’un fichier regroupant l’ensemble des chauffeurs du transport public particulier de personnes. Je suis pour que les plateformes soient soumises à des contrôles inopinés. Contre les dérives du numérique, il faut se doter d’outils numériques. Aujourd’hui, cela n’existe pas. J’espère que l’action collective aboutira. Quoi qu’il arrive, on sait que Uber a déjà perdu, puisque la Justice a admis que le lien qui l’unit à ses chauffeurs est un lien de salariat. Mais ça ne l’empêche pas de continuer à exister. Pour combien de temps encore ?

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