Posted on / by Capucine Coquand

Laurent Grandguillaume : « Je comprends que les chauffeurs de taxis mènent une action en justice »

L’ancien député était, en 2016, le modérateur dans le cadre du conflit opposant taxis et plateformes numériques. Il est à l’initiative d’une loi publiée la même année visant à encadrer l’activité des VTC. Expert incontesté dans le monde du taxi, Laurent Grandguillaume apporte son regard face à l’action collective contre Uber.

 

Actiontaxi.  Quel regard portez-vous sur l’action collective menée par les taxis ?

Laurent Grandguillaume. Suite au conflit de 2016, une loi a été votée à l’unanimité au Parlement après un long travail de concertation avec tous les acteurs, chauffeurs de taxi comme de VTC. Tous les décrets ont été pris (examen commun, loti, responsabilité des plateformes, …) sauf celui concernant l’article 2 qui permet une régulation de l’Etat par le data. Le décret est bloqué par l’actuel Ministre des Transports, M. Djebbari, alors que la loi a été votée il y a maintenant quatre ans. C’est un choix politique de sa part car comment expliquer autrement qu’un décret ne puisse être publié quatre ans après le vote d’une loi à l’unanimité au Parlement ? Finalement, le Ministre désarme l’Etat. Je comprends donc tout à fait que les chauffeurs de taxis mènent une action en justice dans ce contexte pour que l’état de fait ne s’impose plus à l’Etat de droit.

 

Les règles qui encadrent l’activité des VTC (notamment celles prévues par la loi qui porte votre nom), semblent aujourd’hui peu respectées par Uber et ses chauffeurs. Aucune sanction n’est réellement appliquée… comment expliquez-vous cette situation ?

Si les règles ne sont pas respectées, cela signifie qu’il y a une démission du Ministre, ce qui est grave. Toutes les dispositions sont prévues pour faire respecter le droit, en dehors de l’article 2 de la loi de 2016 auquel je faisais référence dans ma réponse à votre précédente question. Nous ne sommes pas au Far West mais en France. J’espère donc qu’il y aura une prise de conscience et un renforcement des contrôles comme en 2016, en particulier dans les gares et les aéroports. J’ai confiance dans les capacités de notre Etat à faire respecter les règles qui permettent une concurrence saine et loyale. Il faut par contre une volonté politique claire.

 

L’ubérisation ne peut être une concession sauvage dans un pays où la République a encore un sens.

 

Est-ce à l’Etat d’encadrer de façon plus stricte l’activité d’une société comme Uber ?

Le cadre est clair, toutes les activités de mise en relation entre chauffeurs et clients doivent s’inscrire dans le respect des règles d’une centrale de réservation. Il y a une responsabilité dans cette mise en relation et des vérifications doivent être opérées pour que les chauffeurs respectent bien les règles du transport public particulier de personnes. Bien plus qu’Uber, l’ubérisation au sens large ne peut être une concession sauvage dans un pays où la République a encore un sens.

 

Face aux nouveaux acteurs, la profession de taxi doit-elle, selon vous, évoluer, se renouveler ?

La profession de taxi a toujours évolué au cours de l’histoire et s’est adaptée. Et je rappelle que c’est le seul service au public disponible sur l’ensemble du territoire national, bien plus que tous les services publics existants. Si la critique médiatique était parfois facile, je constate que les clients reviennent vers le taxi pour des questions de sécurité et de qualité de service. Tout comme la question des TPE a été réglée (obligation de moyens et de résultats) et rare sont encore les chauffeurs qui refusent la carte bancaire. La qualité de service a fortement augmenté dans le taxi face à une concurrence très forte. Par ailleurs, trop de fausses cartes de VTC sont encore en circulation et les consommateurs n’ont plus confiance dans le système actuel. Le phénomène de paupérisation des chauffeurs VTC a d’ailleurs conduit bon nombre d’entre eux à passer l’examen de taxi.

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