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« La présence de Uber m’a contraint à quitter le taxi »

TEMOIGNAGE. Pendant plus de 10 ans, Pascal Deruissaux a exercé la profession de chauffeur de taxi dans l’ouest parisien. Avec l’arrivée de Uber sur le marché, sa clientèle n’a cessé de se réduire. Une situation intenable qui l’a poussé à quitter le métier en 2019. 

Pourquoi avez-vous décidé de vendre votre plaque en 2019 ? 

Tout simplement parce que ma clientèle — principalement une cliente d’affaire — a commencé à disparaitre. En l’espace de quelques années seulement, celle-ci a été divisée par deux.  C’était monstrueux. J’avais initialement décidé de me rabattre sur le transport médical. Mais j’ai réalisé que la situation allait être de plus en plus difficile. J’étais alors en plein dans le cataclysme provoqué par Uber. J’ai donc dû arrêter le métier et revendre ma plaque.

Vous avez perdu beaucoup sur le plan financier.. 

Oui, car j’ai acheté une plaque 180 000 euros pour la revendre 115 000 euros, sachant que sa valeur est montée jusqu’à 240 000 euros. Nous sommes des milliers dans ce cas. Le préjudice financier est énorme. Je ne sais même pas si tout sera quantifiable.

Comment avez-vous vécu l’arrivée de Uber ? 

Au départ, nous n’étions pas vraiment inquiets. On se disait qu’une société ne pouvait pas enfreindre la loi de façon aussi manifeste sans être sanctionnée. D’autant plus dans notre secteur qui est très strictement encadré par la loi. Il faut bien comprendre que l’activité clandestine de taxi est sanctionnée à hauteur de un an de prison et 15 000 euros d’amende. Mais petit à petit, je me suis rendu compte que Uber gagnait en influence et s’installait sur l’ensemble le territoire. Le pire était Uber Pop. Avec ce système, on a pu voir de plus en plus de particuliers se lancer sur l’application pour arrondir leurs fins de mois. Pour nous, c’était une concurrence insoutenable. Personne n’a mesuré l’impact et l’injustice que cela représentait pour les taxis. Comment une société a-t-elle pu enfreindre la loi à ce point sans qu’aucune sanction ne soit appliquée ? Aujourd’hui encore, cela me semble totalement ahurissant. 

C’est donc à contre-coeur que vous avez quitté la profession …

Évidemment. Taxi est un métier attachant. On prend très peu de vacances, on travaille beaucoup pour rembourser notre plaque. Mais on le fait parce qu’on a du gazole dans les veines et qu’on aime le contact humain. J’ai travaillé très dur et, à 57 ans,  je pensais finir ma carrière en tant que taxi. A cause de Uber, cela n’a pas été possible. La société nous a fait un mal considérable tant sur le plan professionnel et financier que humain. Tout cela a réellement nuit à ma santé.

One thought

  • Vraiment triste cet état des choses! Surtout quand on a été taxi à Paris durant 5 ans! A mon époque jamais rien vu de ce qui se passe en ce moment ,

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