Posted on / by David

« On se sent abandonnés par l’État »

TEMOIGNAGE. Chauffeur de taxis à Grenoble depuis 14 ans, Arnold pointe du doigt la concurrence déloyale infligée par Uber et le manque de soutien des autorités publiques qui n’hésitent pas à vanter les mérites du géant américain. Il participe aujourd’hui à l’action collective et encourage les taxis à se mobiliser pour faire entendre leurs droits.

Pourquoi estimez-vous que Uber agit de façon déloyale ?

Déjà parce que la société Uber ne paye pas de charges en France en raison des montages financiers qu’elle met en place et du lien qui la lie à ses prestataires (qui ne sont pas salariés). Uber peut donc afficher une tarification plus intéressante que celle des taxis. Tarification qu’elle impose aux VTC. D’autant plus qu’elle permet généralement à des chauffeurs qui ont peu de visibilité, de trouver du travail rapidement. C’est très facile pour un empire aussi puissant qu’ Uber de profiter de la situation de faiblesse de certains prestataires pour s’imposer comme un partenaire indispensable. Le tout sans rien reverser à l’Etat et sans aucune contrainte financière. Pour rappel, la tarification des taxis, elle, est imposée par décret départemental.

Vous sentez-vous soutenus par les autorités publiques ?

Non et c’est un gros problème. Uber bénéficie du soutien des grands de ce monde. Cela va jusqu’au ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, qui a eu l’occasion d’encenser la société Uber lorsque celle-ci s’est proposée pour assurer le transport du personnel soignant pendant la crise sanitaire. Des actions similaires ont pourtant été menées un peu partout par les taxis, notamment à grenoble où notre engagement a été plébiscité. Dernièrement, la SNCF a fait entrer Uber parmis ses prestataires officiels et exclusifs sur la région parisienne pour les trajets allant de la gare au domicile. Nous avons donc une entreprise publique qui accorde à une société américaine ne respectant pas la loi française, la possibilité de s’inscrire parmi ses prestataires officiels. On se sent réellement abandonnés par l’Etat.

A quel niveau la société Uber ne respecte-t-elle pas le droit français, selon vous ?

En tant que taxis, nous sommes limités dans une certaine zone géographique. Ce n’est pas le cas des VTC qui vont où bon leur semble et aussi loin qu’il leur plaît. La loi leur impose pourtant de retourner à leur base après chaque course. Ils n’accrochent par ailleurs pas toujours leur macaron, ce qui est pourtant également obligatoire. Résultat : les véhicules Uber sont presque impossibles à repérer et peuvent faire des maraudes électroniques sans crainte. Cela leur est pourtant interdit. Les forces de l’ordre ne sont pas formées sur le sujet. Elles ne sont donc pas en mesure d’exécuter les bons contrôles. Les manquements à ces règles et l’incapacité des autorités publiques à faire respecter la loi créent de l’exaspération chez les chauffeurs de taxis qui réagissent parfois de façon disproportionnée. Des réactions souvent incomprises du grand public (et des clients). C’est donc, en quelque sorte, une double peine pour les taxis.

Certains chauffeurs de taxis semblent frileux à l’idée d’agir de manière collective contre Uber. Que dites-vous pour les encourager à s’investir ?

Je ne comprends pas bien les sceptiques quant à cette action. Le seul risque qu’un taxis encourt, est celui de perdre le prix des frais de dossier. C’est insignifiant par rapport à l’importance de l’action. D’autant plus que les taxis n’hésitent pas à afficher leur mécontentement face à Uber. Maintenant que nous avons la possibilité de convertir cette opposition dans le cadre d’une action palpable et concrète et de demander réparation du préjudice que nous subissons au quotidien, certains se montrent frileux. Ce n’est pas cohérent. Nous devons mettre nos actions en phase avec nos convictions et nous investir pour faire reconnaître nos droits. C’est le but de cette action collective.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

One thought

Comments are closed.