Posted on / by Capucine Coquand

« Contrairement aux idées reçues, Uber est souvent plus cher que les taxis »

TÉMOIGNAGE. Vice-président de la FNTI, Fédération nationale des taxis indépendants couvrant plus de quarante départements et plusieurs milliers de taxis à travers toute la France, Abdel Grine est l’un des acteurs phares de l’action collective contre Uber. Son objectif est clair : faire interdire Uber et les plateformes de VTC similaires au sein de l’hexagone. 

Quel regard portez-vous sur l’arrivée de Uber en France ? 

Uber, au départ, c’est une plateforme qui met en relation des clients avec des chauffeurs de prestige. Un mode de fonctionnement qui, en théorie, n’est pas en concurrence avec le nôtre. Dans la réalité, les chauffeurs Uber sont très nombreux. Si bien que, pour pouvoir travailler et gagner leur vie, ils sont poussés à l’illégalité. La loi leur impose par exemple de retourner à leur base entre chaque course. Mais pour être géolocalisés par l’application, et donc par les clients, ils doivent être à proximité de ces derniers. Ils se positionnent donc dans des lieux stratégiques (gares, aéroports…). C’est totalement interdit, mais les clients ne le savent pas. Uber a réussi un coup de maître en faisant appeler ses chauffeur des « taxis Uber », créant ainsi un flou auprès du grand public. 

 

La FNTI a déjà tenté de pointer du doigt ces pratiques illégales … 

Oui. Nous avons organisé plusieurs manifestations, mais cela n’a rien changé. Sauf peut être la formation des chauffeurs VTC qui s’est un peu affinée. Ces derniers ont également l’obligation d’apposer un macaron à l’avant et à l’arrière du véhicule. Rien de très limitant.

 

Uber a réussi un coup de maître en faisant appeler ses chauffeur des « taxis Uber », créant ainsi un flou auprès du grand public. 

 

Pourquoi les chauffeurs VTC ne sont-ils jamais sanctionnés ? 

Parce qu’il existe un flou. Un chauffeur VTC est difficilement visible. Il suffit qu’il enlève son macaron et qu’il se déconnecte de l’application pour redevenir un simple particulier. Si bien que, lorsqu’il ne roule pas, on pourrait penser qu’il est simplement à l’arrêt alors qu’il est en réalité en train de marauder. C’est interdit. Pire encore : les chauffeurs se prêtent souvent l’application entre eux. Ils ont parfois un téléphone pour deux voire pour trois. Des pratiques qui sont très difficiles à détecter. 

 

Quel est votre objectif aujourd’hui ? 

Que les plateformes comme Uber disparaissent. Pour nous, il existe deux types de VTC. Ceux qui fonctionnent avec réservation et travaillent principalement pour des grands comptes ou pour des entreprises et qui respectent la loi d’un côté et les VTC dits de plateforme qui copient le taxis de façon illégale de l’autre. Ce sont ces derniers que nous combattons. 

C’est le génie de la société Uber : faire croire qu’elle vend un service de qualité à bas prix. Ce n’est pas la réalité. 

Que répondez-vous à ceux qui pensent que les chauffeurs Uber sont moins chers et plus accessibles que les taxis ? 

Le grand public aime la nouveauté. Uber est très fort en matière de communication. Mais les plateformes ne proposent rien de nouveau puisque les chauffeurs VTC viennent chercher les clients au niveau des stations de taxis. Leur système n’est par ailleurs pas plus simple en terme de paiement puisque les compagnies de taxis ont mis en place des applications tout aussi performantes que celles des plateformes. Concernant les tarifs, les nôtres sont fixés par des arrêtés préfectoraux. Ceux des chauffeurs VTC varient en fonction de la demande. Plus celle-ci est élevée, plus les prix augmentent. Résultat : nous sommes moins chers aux heures de grande affluence. Si on regarde sur l’ensemble d’un mois, les taxis sont globalement deux à trois fois moins chers que les chauffeurs VTC. C’est le génie de la société Uber : faire croire qu’elle vend un service de qualité à bas prix. Ce n’est pas la réalité. 

 

Les taxis sont-ils unis dans cette bagarre contre Uber ? 

Il existe de nombreux organismes représentatifs de la profession. Mais cela a un sens dans la mesure où le métier est hétérogène. Il y des artisans, des salariés, des locataires… les avis divergent sur certains sujets, mais sur la question de Uber nous sommes tous d’accord. Nous voulons son retrait. Ce sera compliqué, mais pas impossible. La société a déjà été exclue de plusieurs pays ou villes du monde, notamment en Europe. Alors pourquoi pas en France ? Nous sommes prêts à nous battre. 

 

 

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